Bien que la situation paraisse sombre, l’humanité à sa racine est une lumière positive.

Puscifer un miroir sur le monde #

Maynard James Keenan et Carina Round, membres de Puscifer, se sont exprimés auprès de Newzikradio sur leur nouvel album, plus sombre et plus lourd, intitulé ‘Normal Isn’t’. Cet opus continue de refléter un monde en difficulté tout en cherchant l’espoir au sein de cette adversité.

Un retour aux sources musicales #

Ce cinquième album des rockeurs expérimentaux est la suite tant attendue de ‘Existential Reckoning’, sorti en 2020, qui avait introduit une approche synthétique et une ambiance plus aérienne. Cette fois, le groupe dévoile une énergie brute, rendant hommage à leurs racines punk et gothiques.

Par ailleurs, Keenan, également membre de Tool et A Perfect Circle, explore une nouvelle technique d’écriture. Il utilise pour la première fois la station de travail audio numérique Logic, cherchant à ne pas se cantonner à une formule éprouvée.

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Une approche artistique authentique #

« Dans toute musique que nous créons, il y a cette volonté de se remettre en question et de briser ses propres habitudes », a-t-il confié à Newzikradio. « En tant qu’artiste, il est bénéfique de recommencer et d’inventer au lieu de s’en tenir à un processus habituel. »

Puscifer, 2026.
Puscifer, 2026. Photo de Travis Shinn

« J’ai toujours eu tendance à séparer mes projets, car il est capital pour moi que la musique provienne d’autres individus, et que je réagisse à cela. Cela permet de préserver un caractère unique », ajoute-t-il. « Cependant, cette fois, j’ai supplié Mat [Mitchell] de m’aider à maîtriser Logic afin que je puisse poser quelques idées, et ça a fonctionné. »

Découvrez notre entretien complet ci-dessous, où le groupe aborde différents sujets, depuis la lutte contre l’arrogance en matière de composition jusqu’à leurs tournées avec Primus, la viralité de la playlist d’Alex Honnold dominée par Tool, et la situation politique actuelle aux États-Unis.

Newzikradio: Bonjour Maynard et Carina. Chaque chanson de ‘Normal Isn’t’ semble posséder son propre univers, mais l’album dans son ensemble est fortement ancré dans le chaos que nous observons sur notre planète. Que vouliez-vous dire en évoquant le concept d’« observer et rapporter »?

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Maynard James Keenan: « C’est ce que nous faisons tous – nous rapportons des choses à travers notre prisme. Quelle que soit votre histoire, ce que vous avez intégré, cela influence votre rapport. En tant qu’artistes, notre mission est d’être des témoins, de chroniquer les événements d’une certaine manière. »

Considérez-vous cela comme un moyen de créer un lien avec les auditeurs, ou s’agit-il principalement de vous aider à comprendre le monde qui vous entoure ?

Keenan: « En tant qu’enfant unique, tout tourne autour de vous. Même si l’on souhaiterait servir les autres, la réalité est différente. Chacun traverse ses propres épreuves, et le fait d’être un enfant unique crée une sorte de chambre d’écho. Néanmoins, tout doit d’abord résonner en vous en tant qu’être humain, car vous vivez des expériences semblables à celles du reste de l’humanité. Si cela résonne en vous, il y a de fortes chances que cela touche également d’autres personnes. »

Carina Round: « C’est ce qui est essentiel : trouver sa place dans ce monde étrange et voir comment on peut s’y intégrer. Lorsque cela fonctionne, on peut communiquer avec d’autres qui tentent de faire de même. »

Il est approprié de rendre hommage à Low avec la reprise de leur chanson ‘Congregation’, surtout étant donné leur origine du Minnesota et le contexte actuel…

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Keenan: « Depuis le décès de Mimi Parker, j’ai souvent ressenti le besoin de me plonger dans mes souvenirs sombres, emporté par l’esprit d’un jeune goth, tout en savourant quelques verres de vin. Carina recevait ainsi vers 23h une playlist de moi en pleine émotion. Quand ces sentiments surgissaient, c’était éminemment révélateur de la situation actuelle, surtout quand on pense que ce groupe est originaire du Minnesota. J’ai donc décidé de partager ces chansons, et Carina a proposé de faire une reprise. »

Round: « Maynard souhaitait rendre hommage à Low depuis le décès de Mimi. Cette envie a toujours fluctué, mais à ce moment-là, en discutant, il m’a envoyé la chanson et les paroles, et j’ai proposé : ‘Tu seras en ville, j’ai du temps, faisons-le.’ Ça faisait un moment que l’idée était dans l’air, et cela semblait vraiment être le moment adéquat. »

Lors de votre dernier entretien avec Newzikradio, vous évoquiez la possibilité que l’espoir puisse toujours émerger, peu importe à quel point la situation semble sombre. Cette déclaration est-elle toujours d’actualité ? Croyez-vous que le bon finira par l’emporter sur le mauvais ?

Keenan: « Historiquement, cela a toujours été le cas, surtout en ce qui concerne notre réalité, qui impacte de nombreux autres endroits. Mon grand-père m’a mis en garde après la Seconde Guerre mondiale en me montrant des photos de Dachau. Finalement, les choses s’arrangent. Toutefois, il y a cette laideur, ce mauvais loup alimenté par des forces extérieures. Même si la situation semble noire aujourd’hui, l’humanité trouve toujours sa lumière au fond. »

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Carina Round et Maynard James Keenan de Puscifer en performance
Carina Round et Maynard James Keenan de Puscifer sur scène. Crédit : Pedro Gomes/Redferns/Getty

Puscifer a toujours su allier humour et sérieux tout en abordant des thèmes profonds. Pourquoi est-ce un aspect si crucial pour vous ?

Round: « Chez Puscifer, même lorsque l’on transmet des émotions intenses, le cœur du message reste l’espoir et la joie. C’est également une invitation à questionner notre monde et à envisager des solutions. Bien souvent, cela se traduit par de l’obscurité. Alan Watts disait qu’on ne peut avoir l’un sans l’autre ; si tout n’est que dépression, le message sera inefficace. La légèreté, la comédie et la joie facilitent une communication plus rapide et efficace. »

« Quand j’ai entendu le premier album [‘“V” Is For Vagina’], avant même d’en faire partie, j’ai été frappée par la manière dont des sujets sombres étaient présentés avec tant d’esprit et de légèreté. C’est une caractéristique unique et essentielle de ce groupe. Cela tient à la façon dont Maynard livre le message ainsi qu’à la musique intrigante de Mat. »

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Keenan: « On peut comparer cela à la comédie et à la tragédie à la Shakespeare. Il faut trouver cet équilibre, sinon l’intensité devient écrasante et l’humour trop exagéré. »

Maynard, vous jonglez avec trois groupes depuis un certain temps. Vous avez la tournée ‘Sessanta’ avec A Perfect Circle et Puscifer jouant avec Primus. Ces projets stimulent-ils votre créativité ou ressentez-vous le besoin de prendre une pause ?

Keenan: « On ne vit qu’une fois, alors il est important de répondre aux inspirations et à l’énergie qui se présentent. Tant que l’on se sent inspiré, il n’y a aucune raison de s’arrêter. »

« Les créations émergent au moment opportun. Il faut simplement accepter que votre vie, qu’elle soit celle d’un agriculteur, d’un restaurateur, d’un auteur-compositeur, se déroule jour après jour. Quand il est temps de faire une pause, il suffit de le faire. »

Avez-vous envisagé d’élargir votre tournée ‘Sessanta’ au Royaume-Uni ?

Keenan: « J’y ai pensé, mais cela impliquerait des coûts considérables. Les dépenses sont partagées entre les trois groupes, ce qui rend la viabilité de l’idée difficile. J’aimerais beaucoup l’amener, mais il faudrait également que chaque groupe ait un nouvel album ou un nouveau répertoire, afin d’accroître l’attrait de cette tournée. »

Maynard James Keenan et Les Claypool de Primus lors de la tournée 'Sessanta'
Maynard James Keenan et Les Claypool de Primus lors de la tournée ‘Sessanta’. Crédit : Miikka Skaffari/Getty Images

Avez-vous pensé à intégrer d’autres groupes au line-up ? Peut-être continuer avec Puscifer et A Perfect Circle tout en alternant avec un autre groupe lors de l’absence de Primus ?

Keenan: « C’est une possibilité, mais cela nécessiterait une discussion délicate avec Les. Néanmoins, il n’est pas inscrit dans le marbre qu’il faille toujours avoir Primus. Ils sont très occupés, donc pourrait-on envisager le changement ? Cela pourrait être intéressant. »

« Toutefois, il faut veiller à choisir un groupe qui ne pose pas de problèmes. On ne sait jamais ce qui peut survenir sur scène si l’on ne s’entend pas… »

Round: « En effet, nous avons eu de la chance avec Primus. »

Keenan: « Oui, cela a bien fonctionné. J’ai partagé beaucoup de moments avec eux lors de tournées, et ça s’est toujours distinctement bien passé. En revanche, introduire un autre groupe sans en connaître les antécédents pourrait poser des problèmes. Imaginez des tensions sur scène, ce ne serait pas idéal même si cela attirerait sans doute l’attention. »

Pour retourner à l’album, on note des références marquées à des groupes comme Killing Joke, Siouxsie And The Banshees ou Sisters Of Mercy. Qu’est-ce qui vous attire dans cette esthétique ou cette scène britannique ?

Round: « Étant née en Angleterre, toute cette culture fait partie de mon ADN. Cela dit, lorsque c’est à mon tour de contribuer à un album, j’essaie de faire en sorte d’intégrer des éléments variés, afin d’éviter de rester bloquée dans une seule direction. Par exemple, même si Kate Bush m’inspire, j’apprécie aussi des artistes comme FKA Twigs qui ne s’inscrivent pas du tout dans le gothique. »

Keenan: « Oui, c’est totalement un choix logistique. J’avais prévu de chanter ‘Pendulum’ plus haut, mais je ne pouvais que m’adapter aux circonstances du moment. »

Ne pas vouloir être enfermé dans une étiquette gothique est comparable au refus de Robert Smith de définir The Cure comme un groupe gothique. Quelle est votre vision du genre au-delà des clichés ?

Keenan: « Beaucoup de groupes que je classe dans la catégorie gothique ne correspondent pas à cette définition. De même, j’attribue le terme punk à des artistes comme Peaches, qui, même s’ils ne rappellent pas le punk au sens traditionnel, affichent une attitude punk. Johnny Cash, par exemple, partage aussi cette énergie, même si son son n’est pas punk. Ce qui compte, c’est l’attitude, et non seulement le son. »

Pensez-vous que de grands mouvements comme l’explosion initiale des scènes gothiques et punk pourraient se reproduire aujourd’hui ?

Keenan: « C’est un sujet vaste. À l’époque où je grandissais, on trouvait des lieux temporaires dans des entrepôts où l’on pouvait faire du bruit sans restrictions. Aujourd’hui, ces espaces sont devenus rares, remplacés par des endroits luxueux où il est impossible de pratiquer la musique librement. »

« Cependant, il existe des moyens de cultiver cette mentalité punk, même si tout a changé. Les espaces de création ont évolué et je suis conscient que de nouvelles scènes émergent, bien que je ne sois pas certain de leurs formes. »

Carina Round (g) et Maynard James Keenan de Puscifer
Carina Round (g) et Maynard James Keenan de Puscifer. Crédit : Jeff Hahne/Getty Images

Partagez-vous cette vision, Carina ?

Round: « Absolument. Le gothique et le punk ont marqué mon enfance. À un moment donné, on atteint cet âge où l’on s’efforce d’affirmer son individualité. Il y a une certaine ironie à devoir trouver sa tribu parmi ces genres. Pour moi, la musique a toujours été mon moyen de communiquer cela. Aujourd’hui, il semble que les frontières musicales se soient estompées, permettant à chacun de mélanger styles et groupes sans crainte de jugement. »

Alex Honnold a récemment escaladé en solo la Taipei 101, mais ce qui retient l’attention, c’est sa playlist dominée par Tool. Maynard, avez-vous eu l’occasion de discuter avec Honnold depuis la révélation de son choix musical ?

Keenan: « Je suis sûr que l’on se croisera à un moment ou à un autre. Il grimpera peut-être la haut et moi, je me trouverai en bas… Mais c’est assez surprenant que l’attention se concentre plus sur sa playlist que sur son exploit incroyable. »

« C’est tout de même déprimant que ses réalisations soient éclipsées par un groupe dont les sorties ne sont pas aussi fréquentes que l’on souhaiterait. »

‘Normal Isn’t’ est désormais disponible, et les billets pour les dates de la tournée de Puscifer sont à retrouver ici.

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